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Le texte
Ce poème composé de cinq quatrains d’alexandrins apparait au début du recueil Les Fleurs du Mal, juste avant Correspondances, et l’introduit quelque peu. Dans un genre descriptif et évocateur, la dynamique des rimes embrassées produit un effet d’attente dans ce poème à la tonalité lyrique.
I L’idéal
1.- L’élévation
"Par delà", "au dessus", "montagne", "ether", "sphères étoilées". Tout cela indique une progression, un élargissement.
Le champ lexical du vol ("Envole-toi", "aile", "alouette", "essor", "planer") indique quant à lui un désir d’ascension, une aspiration au monde d’en haut que l’on peut d’ailleurs préciser avec la phrase "Mon esprit, tu te meus..." ; il s’agit d’élévation de l’esprit et non du corps, le "je" est différencié de l’esprit, il est dédoublé (je=tu également).
Le mouvement s’opère par les deux anaphores successives des deux prépositions de lieu, en début de vers ou juste après une césure à l’hémistiche bien marquée par une pause phono-sémantique : « Au-dessus, par-delà ». Les mentions précises de lieu s’accumulent, en une succession logique, comme pour mieux marquer les différentes étapes de cette montée qui s’opère au point de perdre toute référence par rapport à notre sphère terrestre : « étangs »=eau stagnante et horizontalité ; « vallées »=eau courante et jeu de diagonales, « montagnes »=pierre et jeu de verticales, « bois »=horizontalité de l’endroit et verticalité des troncs, « nuages »=eau en suspension et verticale avec horizontale, « mer »=eau, horizontal avec effet de miroir, ces deux dernières mentions amenant à : « soleil » .
2.- La purification
Nous quittons, après la terre, le ciel, la mer (en passant du plus sombre : « étangs » au plus clair/au plus ouvert, le globe terrestre ; l’espace s’ouvre de plus en plus (avec le martèlement des dentales du début, puis un jeu d’opposition subtile, comme incarnant la transcendance, entre occlusives et non-occlusives, en partie d’ailleurs liquides) avec l’hyperbole : « les éthers » (=l’espace céleste), et Baudelaire semble même vouloir dépasser les bornes de l’univers, avec un adynaton : « les confins » sont la frontière ultime de monde, et les pluriels (multiples avant, à part notre soleil, comme les « des » accumulés) d’incarner cet infini, en retrouvant la conception aristotélicienne du monde, composé de « sphères » emboîtées... Cette migration, dépassant les 4 éléments (terre, air, eau, feu), se fait régulièrement, les 3 premiers vers sont en tétramètre, le dernier ? Il se prolonge en éliminant la césure par le truchement d’un complément de nom sur 2/4, après un attendu 3/3 (v. 4) et le terme « étoilées » qui augmente singulièrement la circonférence de ces sphères...
II La réalité
Après le quatrain évoquant les lieux concrets quittés, voire sublimés au sens étymologique du terme, nous sommes face à la réalité nouvelle, au présent, après les éléments descriptifs, opérée par la brutale apostrophe : « Mon esprit ». Nous sommes donc redescendus sur terre, au niveau des « étangs », des « vallées » et des « miasmes putrides », et nous observons, ou plutôt évoquons, la chance qu’aurait celui qui réussirait à atteindre l’objectif qu’il s’est fixé.
1.- Le dégoût de la terre
La terre, opposée à l’air, est associée à l’impureté, "Miasme", "morbide", "va te purifier dans l’air supérieur".
On peut noter au passage le champ lexical de la douleur : "ennui", "chagrin", "existence brumeuse", "poids" ainsi que l’enjambement des vers 14-15 qui accentue la longueur et l’ennui.
2.- Une élévation impossible "Heureux celui qui peut..." Baudelaire pousse ici un soupir d’ennui, il n’est pas "celui qui" peut s’élever et se libérer ("libre essor"). Il nous fait entrevoir le but du poète : comprendre le monde, "le langage des fleurs et des choses muettes"... voici l’introduction des "correspondances".
L’héroïsme baudelairien consiste à accomplir un acte qui le délivre effectivement de la chair pour réconcilier l’esprit et les sens. Le héros est avant tout un homme de foi qui porte en lui l’infini comme un vase précieux qu’il doit remplir. La souffrance de Baudelaire vient de ce que la mission lui semble impossible pour un être corrompu par le péché originel : il n’en est pas moins animé par un élan vers l’héroïsme et cette contradiction le désespère. Ce poème constitue donc une bonne évocation du fameux « spleen baudelairien », qui repose sur la conscience que le monde est injuste, que la société telle qu’elle est n’est qu’un échec, et sur la conviction que rien, absolument rien, ne pourra y changer quelque chose, toute tentative pour ce faire portant la germe de son propre échec, puisque, comme Baudelaire le pensait, le Mal est présent partout, même dans la vertu et les plaisirs.
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